-Vous voulez que je vous dise ? Les gens de nos jours ne respectent plus les corps. Dans la rue, dans les transports en commun, dans les grands magasins, et voilà que je te bouscule, que je t'effleure, que je me poste à quelques centimètres de toi, que je n'hésite pas à t'enfoncer mon coude dans les cotes ou mon sac dans les genoux. Ce qui m'est profondément insupportable...
C'est bien connu, il y a un minimum de distance à respecter entre les corps, pas moins d'un mètre si la personne en face de soi ne fait pas partie du cercle intime, il me semble. Je conçois que dans les transports bondés, ce soit relativement difficile à respecter, mais diantre, le reste du temps, d'où vous vient la manie, le culot dirais-je même, de heurter les gens, de les toucher, de les coller à foison ? Vous trouvez peut-être que j'exagère, mais le contact forcé est bel et bien une chose que je ne peux supporter, moi qui d'ordinaire ne suis pas du tout quelqu'un de tactile, pas même avec mes proches.
Cela ne vous semble t-il pas déplacé, que les gens s'arrêtent sur un point de passage, vous obligeant à vous faufiler avec peine et à respirer au passage les moindres effluves de leur corps ? Dans la queue au supermarché, de sentir le souffle de la personne qui vous précède se glisser sans votre cou ? De s'obliger à faire la bise sous peine de passer pour un malappris ? De vous faire bousculer à bon escient sans un pardon en retour ? Vous aurez beau jouer des coudes, vous racler la gorge, froncer les sourcils, rien n'y fait, il faut croire que le contact rapproché est devenu une banalité. Je reviens toujours du centre-ville épuisée, vidée, avec une désagréable impression de saleté...
Sur ce, j'ai fini de râler pour ce soir !
Photographie : Prise cet automne
Fond sonore : Forbisk salta ~ Livsnekad