-Cette nuit, j'ai vécu le plus beau des voyages. D'ondoyantes ronces dorées jaillissaient de terre et annihilaient notre Temps. Béton, goudron, carrosseries, immeubles, tout était submergé, dévoré, anéanti. En lieu et place, des arbres splendides poussaient à une vitesse vertigineuse, recouvrant les décombres, éteignant à jamais toute trace de vie humaine. Dans une clairière baignée de soleil, la Lilith de John Collier prenait soudainement vie. Quittant le papier froid, elle glissait sa main dans la mienne et m'entraînait dans une danse lascive au beau milieu d'un cercle d'éclatants feu follets. Sa peau nue sentait le miel et l'humus. La descente fut difficilement tolérable. Que n'aurais-je pas donné pour demeurer là haut, parmi les senteurs de bois et de terre tiède, à tanguer sous le soleil levant, main dans la main avec la belle de cette peinture que j'affectionne tant ? Sur l'affiche murale, ce matin au réveil, j'ai guetté dans son regard figé une pointe de malice, à la vaine recherche d'une preuve que tout ceci a bel et bien existé. Douceur d'un soir. Vérité mensongère. Paradis artificiels...
Photographie : Lilithiana, par mes soins, dans le cimetière celtique...
Fond sonore : Prophecy ~ Judas Priest